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Rappels
Larthrose est caractérisée par une dégradation du cartilage liée à une perturbation de lhoméostasie cartilagineuse au profit de la dégradation. Cette détérioration peut se faire selon 3 profils évolutifs :
La membrane synoviale intervient également mais secondairement dans le processus de destruction, irritée et stimulée par les produits de dégradation du cartilage et synthétisant à son tour cytokines et métallo-protéases nocives pour le cartilage (cercle vicieux cartilagino-synovial - Figure 1). Ce mécanisme pourrait expliquer le phénomène de chondrolyse rapide.
Traitement médical de la gonarthrose
La prise en charge médicale de la gonarthrose va être différente selon le profil évolutif de la maladie.
I. Gonarthrose en poussée congestive
Lun des rôles importants du praticien est de traquer les poussées congestives de la maladie, souvent associées à une chondrolyse, afin de les traiter rapidement et de tenter de préserver le capital cartilagineux articulaire.
Lors dune poussée congestive, la douleur jusque là mécanique, rythmée par leffort, devient plus inflammatoire, plus permanente avec apparition de réveils nocturnes et dun dérouillage matinal ; mais au genou, cest la présence dun épanchement articulaire (présence dun signe du flot) qui authentifie la poussée congestive. Ce signal dalarme doit être reconnu en gardant en tête le schéma suivant : articulation sèche = articulation " calme " au plan structural, articulation avec épanchement = risque de chondrolyse plus ou moins rapide.
La répétition des clichés radiologiques des genoux, de face, en charge, en extension, à 4 ou 6 semaines dintervalle, réalisés dans le même centre de Radiologie et dans les mêmes conditions (sous amplificateur de brillance, rayons X tangents aux plateaux tibiaux) est le seul moyen de diagnostiquer une chondrolyse rapide fémoro-tibiale marquée par un pincement rapidement évolutif de 1 mm ou plus de linterligne articulaire quon aura pris soin de mesurer à laide dune règle millimétrée.
Le traitement de la poussée congestive doit être institué rapidement et doit sattaquer logiquement aux différents protagonistes du cercle vicieux cartilagino-synovial ; il combine des thérapeutiques complémentaires (Figure 2) :
En cas de " simple " poussée congestive :
En cas déchec marqué par la persistance dun épanchement, ou demblée en cas de chondrolyse rapide confirmée radiologiquement, on proposera une trithérapie associant :
Une couverture par anti-inflammatoires non stéroïdiens est prescrite, durant la période de décharge. Au sortir de la crise, un nouveau cliché radiologique est utile pour apprécier le résultat anatomique de la poussée et de son traitement.
II. Traitement durant la phase dévolution lente
Durant la phase dévolution lente, définie par un genou sans épanchement, le traitement se fonde sur une approche multifactorielle comprenant :
1. Les Traitements non médicamenteux
Ils ont une place prépondérante dans la prise en charge thérapeutique au long cours de la gonarthrose et sont pourtant souvent délaissés (Tableau 1).
Information du patient
Le praticien informera son patient sur sa maladie, ses profils évolutifs, les symptômes devant faire suspecter une poussée congestive darthrose, et la nécessité de consulter alors rapidement ; bien sûr, il expliquera les différentes possibilités thérapeutiques médicales et chirurgicales.
Différents traitements physiques ont pour but de décharger partiellement le cartilage lésé :
Amaigrissement
La perte de poids chez les obèses est lune des priorités du traitement de la gonarthrose. Il faut bien expliquer au patient que la perte de poids est un traitement utile et " rentable ", tant pour diminuer les douleurs et améliorer la fonction que pour tenter de ralentir lévolution structurale de la gonarthrose ; enfin, si un jour une prothèse de genou est nécessaire, sa mise en place sera plus simple et sa longévité plus importante en labsence de surpoids. Cette perte de poids chez un patient dun certain âge, en surcharge pondérale depuis des années, devra se donner des objectifs accessibles, et sera au mieux obtenue par un suivi médical régulier chez un nutritionniste.
Economie articulaire
Les conseils déconomie articulaire seront adaptés à lâge, à lactivité professionnelle et extra-professionnelle. Cette économie articulaire consiste à éviter les exercices physiques sources de douleurs, comme par exemple le port de charges, les marches en terrain irrégulier, les stations debout trop prolongées, les montées et descentes descaliers trop fréquentes.
Rééducation/entretien physique
La rééducation a pour but dentretenir les amplitudes articulaires et lendurance musculaire. Elle sera proposée en labsence dépanchement. Elle doit être douce, progressive, infra-douloureuse. Ses objectifs seront précisés par le praticien sur son ordonnance en fonction des données de son examen clinique. Ainsi, la présence dun flessum nécessitera des exercices de posture du genou en extension, une faiblesse, une insécurité et une amyotrophie du quadriceps nécessiteront des exercices de renforcement musculaire isométrique complétés par une rééducation proprioceptive adaptée.
En présence dune chondropathie fémoro-patellaire, la rééducation sera axée sur un étirement de lappareil extenseur et des ischio-jambiers en vue de diminuer les contraintes sur ce compartiment. Les séances de kinésithérapie seront relayées à domicile par un programme simple dauto-rééducation : postures en extension (en étant assis, le pied posé sur un tabouret) et contractions isométriques du quadriceps. Un entretien physique régulier sous forme dune marche journalière, de vélo ou de natation en piscine municipale sera conseillé. Les modalités et les résultats de cette rééducation seront contrôlés par le praticien lors des visites de suivi.
Appareillage
Chaussures à semelles souples, absorbant les chocs
Dans la gonarthrose, de bonnes conditions de marche peuvent améliorer la déambulation. Il est conseillé de porter de bonnes chaussures à semelles souples et absorbant londe de choc de la marche sur terrain dur.
Orthèses adaptées (genou, pied)
Le patient pourra bénéficier lors defforts physiques dune genouillère souple jouant un rôle de rappel proprioceptif. En cas de laxité ligamentaire latérale, objectivée à lexamen, la genouillère devra être renforcée latéralement et sera parfois même articulée. Des orthèses plantaires adaptées pourront tenter de lutter contre un morphotype varisant ou valgisant : par exemple, orthèses plantaires avec barre externe pronatrice (valgisante) en cas de gonarthrose fémoro-tibiale interne avec arrière-pied varus ou neutre (ce traitement est en cours dévaluation dans une étude prospective, contrôlée, randomisée).
Port dune canne
Lintérêt du port dune canne (ou dun parapluie) du côté controlatéral à larticulation atteinte, sera expliqué au patient et pourra lui rendre service lors des marches prolongées.
Soutien psychologique
Les facteurs psychologiques peuvent influencer négativement les phénomènes douloureux et la perception du handicap. Dans ce domaine, il a été montré quun simple suivi par appel téléphonique mensuel par du personnel infirmier améliorait la douleur et la fonction des patients.
2. Les traitements médicamenteux oraux
Ces traitements viendront en complément des traitements non médicamenteux (Tableau 1).
Traitements symptomatiques daction rapide
. Antalgiques
En présence de douleurs purement mécaniques, la préférence ira aux antalgiques, en premier lieu le paracétamol, puis les antalgiques de niveau 2 : dextropropoxyfène ou codéinés.
Le traitement antalgique ne sera pas systématique ni permanent, mais pris à bon escient, avant les efforts pénibles.
. Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Le bénéfice dun anti-inflammatoire non stéroïdien, non dénué de risque chez des patients âgés et polymédicamentés, devra être comparé pour chaque patient à laction dun antalgique simple. La prescription danti-inflammatoires non stéroïdiens sera limitée dans le temps et volontiers réservée à des douleurs dhoraire inflammatoire.
Traitements symptomatiques deffet différé et prolongé
Ces médicaments ont montré une certaine efficacité symptomatique dans larthrose sans démonstration pour le moment dun effet structural. Plusieurs médicaments sont à notre disposition : insaponifiables davocat et de soja, sulfate de chondroïtine, diacerhéine. Ils semblent intéressants comme traitement de fond des patients arthrosiques souffrant de façon régulière, malgré les thérapeutiques non médicamenteuses et médicamenteuses daction rapide, notamment lorsque plusieurs articulations sont impliquées dans le processus arthrosique. Ils permettraient entre autre de réduire la consommation dantalgiques et dAINS. Ils doivent être prescrits pour au moins 6 mois en prévenant le patient que leffet est retardé, débutant après 2 mois environ.
Traitements à visée anxiolytique/antidépressive
Lanxiété, voire un état dépressif, peuvent jouer le rôle de caisse de résonance, amplifiant les phénomènes douloureux ; ils devront être pris en compte et éventuellement traités.
3. Les traitements locaux
Ils peuvent être péri-articulaires ou intra-articulaires (Tableau 1).
Traitements locaux péri-articulaires
Ils visent à diminuer les phénomènes douloureux tendino-ligamentaires ou périméniscaux.
. Les gels anti-inflammatoires sont souvent utilisés par les patients
. Linfiltration périarticulaire de corticoïdes en " loco dolenti " peut rendre de grands services en particulier en présence dune douleur précise de linterligne fémoro-tibial interne. Cette douleur souvent appelée " périméniscite " a en fait différentes causes intriquées, bien vues en arthroscopie et correspondant aux lésions des 3 structures palpées sur linterligne interne, genou fléchi à 90° : la synoviale périméniscale (et péricartilagineuse), le ménisque interne et le cartilage du condyle et du plateau interne.
Cette zone latérale des cartilages fémoro-tibiaux est la zone portante fonctionnelle du compartiment où prédominent les lésions cartilagineuses mais aussi les lésions méniscales. Il nest pas rare de constater, au contact du cartilage lésé, une synovite périméniscale réactionnelle pouvant expliquer en partie les douleurs.
Néanmoins devant une douleur précise de la partie moyenne de linterligne interne, surajoutée au fond douloureux chronique habituel de la gonarthrose, on évoque volontiers une lésion méniscale associée à la gonarthrose (méniscarthrose), en particulier une fissure horizontale pouvant aller jusquà lattache capsulaire du ménisque, ou un ménisque polyfissuraire en cas darthrose évoluée. Il nest pas rare de constater en arthroscopie, un bouquet de synovite en périphérie de ces fissures. Ces lésions méniscales doivent avant tout être traitées médicalement, car 1) même fissuré, le ménisque conserve une certaine fonction damortisseur et de répartition des forces de pression, 2) le risque principal des régularisations méniscales arthroscopiques au cours de la gonarthrose est laggravation, parfois rapide, des lésions cartilagineuses et de létat fonctionnel du patient.
Dans cette optique, linfiltration de corticoïdes au point douloureux de linterligne fémoro-tibial interne, genou fléchi à 90°, en sinsinuant entre condyle et plateau avec une aiguille de faible diamètre, peut soulager les patients parfois durablement, sans doute en agissant sur la synovite périméniscale.
Traitement local intra-articulaire à effet symptomatique différé et prolongé
Il sagit des injections intra-articulaires dacide hyaluronique. Ce traitement a une action symptomatique retardée apparaissant au cours ou au décours de la série dinjections (3 à 5 en fonction du produit) et pouvant se prolonger jusquà 12 mois.
Il est proposé en cas de gonarthrose avec peu ou pas dépanchement, insuffisamment calmée par les autres thérapeutiques, avec des douleurs quotidiennes invalidantes, chez des patients actifs. Il sera dautant plus indiqué (et efficace) que latteinte radiologique est modérée avec persistance dun interligne radiologique en extension et en schuss.
Néanmoins, ce traitement peut être tenté chez des patients souffrant de gonarthrose évoluée mais ne voulant pas ou ne pouvant pas être opérés.
Il représente également une alternative aux anti-inflammatoires non stéroïdiens lorsque ceux-ci sont mal tolérés ou contre-indiqués.
Enfin, au sortir dune phase de chondrolyse, son utilisation parait logique, une fois lassèchement du genou obtenu.
Conclusion
La prise en charge médicale de la gonarthrose est multifactorielle. Elle doit tenir compte de la phase évolutive de la maladie et utiliser lensemble de larsenal thérapeutique, sans oublier les traitements non médicamenteux. En cas déchec de cette prise en charge médicale " globale ", le recours à la chirurgie est licite.
Tableau 1 : Traitement de la gonarthrose durant la phase dévolution lente
1. Traitements non médicamenteux
- soutien psychologique
2. Traitements médicamenteux oraux
- symptomatiques deffet différé et prolongé
- ± traitements à visée anxiolytique/antidépressive
3. Traitements locaux
- intra-articulaire : traitement symptomatique deffet différé et prolongé